“Dakota” by Antoine Lanckmans

Luna Blue Film / 2018 / Short movie

Synopsis :

Une inquiétante créature rôde autour de Bon-Papa Dakota. Dans sa maison du bord de mer, Le vieux bonhomme se sent partir. Une famille, sa famille, aussi saugrenue que fracassée, va alors entreprendre le trajet vers la maison familiale. Ces hommes et ces femmes arriveront-ils à temps pour partager un dernier instant avec leur chef de tribu.

Intention du réalisateur :

Il n’a pas ouvert les yeux sur son lit d’hôpital, ce grand-père autoritaire qui ne montrait jamais ses sentiments, mais il m’a pris la main et l’a serrée avec tout ce qui lui restait de force. Je me suis senti homme pour la première fois ce jour-là, lorsque je quittai le lieu où mon grand- père allait mourir quelques heures plus tard. Ce moment de transmission, c’est une expérience ahurissante que je veux raconter en images et en sons. Avec pudeur, avec le moins de paroles possible, dans les yeux, dans les mains des personnages, un dialogue muet fait de souffles et de soupirs. La mort passe, laissant l’enfant dans le noir et le froid. Et puis la lumière surgit, l’enfant est prêt à grandir et à prendre son destin en main. J’ai une fascination pour le trajet que va entreprendre la famille Dakota, pour la simple raison que mes grands-parents maternels sont tous les deux décédés alors que j’étais à l’autre bout du monde et que, contrairement à certains membres de ma famille, je n’ai pas eu le courage de tout faire pour les rejoindre. A travers le personnage de Merlu, je me plais à imaginer que si j’avais entrepris ce voyage, je serais peut-être arrivé à temps pour leur témoigner mon amour.

Merlu vit cette aventure comme un voyage initiatique. Sa mère, sa grande sœur et ses oncles, quant à eux, vivent chacun l’imminence du deuil de façon très personnelle. Je veux réunir ces personnages bouleversés autour d’une souffrance commune et les voir fermer les yeux ensemble. Les ouvrir également, pour les voir affronter un nouvel ordre des choses. Ils doivent vivre ce rite de passage ensemble, former une tribu et, le temps d’un instant, être une famille.

Il ne s’agit pas d’aborder un sujet si dramatique avec accablement et désespoir. Le ton du film doit être bienveillant, léger et même drôle. Je cherche toujours à introduire entre la réalité et sa représentation un décalage qui rend le familier insolite.

Les longues notes flottantes de la musique spectrale du duo Dawans/Bonesso guideront et rythmeront les images de ce film. L’accordéon et la trompette nous accompagneront dans une nostalgie intense, un espoir retrouvé, une folie partagée, une douce mélancolie. Je voudrais faire des images fortes, portées par cette musique envoûtante, et ainsi créer un univers particulier, où tout se passe dans les yeux, dans les regards des hommes et des femmes qui vibrent de sensibilité. Un univers teinté de poésie humaniste et naïve propre aux films de Vittorio De Sica. De cette manière, je cherche à proposer une vision proche de l’onirisme, dans laquelle les personnages, leurs costumes, les décors et les accessoires nous guideront dans un univers graphique presque géométrique. De ces tableaux magnifiquement figés surgira alors la vie dans toute sa splendeur : en noir et blanc, des ombres mouvantes qui nous révèlent le monde différemment, un monde tel que le perçoivent les anges de Berlin dans Les ailes du désir de Wim Wenders.